Les orchestres de Cab et du Duke travaillaient en alternance au Cotton Club de Harlem. Quand Ellington partait en tournée, l’orchestre de Calloway prenait la relève et vice-versa. De 6 mois en 6 mois généralement, les deux compères alternaient les revues.
Ce que l’on sait moins, c’est comment Cab se retrouva « remplaçant » de Duke.
Cab dirigeait alors l’orchestre des Missourians et travaillait alors dans une boîte appelée
The Crazy Cat (le Chat Fou) à l’angle de Broadway et de la 48e rue. Un soir, après le dernier show, des types au look mafieux indéniable rendirent visite à Cab, impressionné. Ils lui dirent qu’il devait être au Cotton Club dès le lendemain pour rencontrer des personnes désireuses de lui parler.
En fait, Cab et son orchestre avaient retenu l’attention de Duke Ellington et d’Irving Mills (son agent qui allait devenir également celui de Cab et qui devait co-écrire avec lui le tube
« Minnie The Moocher ») lors d’une de ces fameuses batailles d’orchestres (« Battles of Bands »). En effet, deux semaines plus tôt au Savoy Ballroom, l’orchestre de Cab avait mis
« une sacrée dérouillée » à celui du Duke (dixit Sonny Greer, batteur vedette de l’orchestre ellingtonien à l’époque).
En arrivant au Club, Cab rencontra directement Ellington et Mills qui lui firent tout de go la proposition d’abandonner le nom de
« Calloway and the Missourians » pour
« Cab Calloway and His Orchestra » (ils avaient sans doute repéré que le bonhomme avait un égo au moins aussi gros que la douzaine de musiciens qu’il dirigeait).
L’accord voulait que l’ochestre de Calloway remplace delui du Duke à tout moment, en cas d’empêchement. Mills s’associa alors à Cab Calloway, devant son agent artistique, s’arrogeant 45 % des parts de l’orchestre. Le reste se distribuait ainsi : Cab = 35 %, l’avocat de Mills = 10 % et… Duke Ellington = 10 %. On a beau aimer le jazz, on garde le sens des affaires !
Cet arrangement permit à Ellington de partir avec son orchestre à Hollywood pour tourner quelques apparitions dans différents films. Et à Cab Calloway de mettre sa carrière sur des rails à grande vitesse !
Anecdote tirée de « Duke Ellington and His World- A Biography » de A. H. Lawrence (éditions Routledge, UK) et de « Of Minnie The Moocher & Me » de Cab Calloway.